La ruelle du temps suspendu (chapitre1)

Dans une petite ruelle de Kyoto, loin des foules, un matin brumeux. L’air sent le thé chaud et la pluie sur la pierre. J’avance lentement, attiré par un petit atelier discret, à peine visible entre deux maisons de bois aux façades usées par le temps.

Une simple enseigne calligraphiée indique :

「縫い合わせる手」– "Les Mains qui Raccommodent"

Je pousse la porte coulissante en papier de riz. À l’intérieur, des étoffes suspendues ondulent au gré d’un courant d’air invisible. Des kimonos anciens, des rouleaux d’indigo, des pièces de tissu usé brodées de motifs géométriques en Sashiko. L’odeur du coton brut et du bois ciré m’enveloppe.



Derrière un comptoir de bois sombre, un personnage est assis en silence. Takumi Itsuki.

Il coud lentement, presque rituellement, ajoutant une nouvelle couture à un vêtement usé. Il ne relève pas immédiatement la tête. Le silence est sa première réponse.

Quand enfin il lève les yeux vers moi, son regard est à la fois doux et perçant. Il m’observe comme s’il voyait les fils invisibles qui m’entourent, ceux de mon passé, de mes doutes, de mes espoirs.

Puis, après un instant suspendu, il murmure :

"Tu es venue réparer quelque chose ?"

Mais je sens bien qu’il ne parle pas seulement d’un vêtement.

Takumi repose son aiguille et m’observe un long moment, comme s’il lisait en moi. Puis, sans un mot, il se lève et disparaît derrière un paravent de lin.

Il revient avec un morceau de tissu ancien, usé mais brodé d’un motif complexe en sashiko. Il le pose devant moi et trace du doigt les coutures entrelacées.

"Regarde bien."

Au premier coup d'œil, ce ne sont que des points réguliers, un simple motif. Mais à mesure que je fixe l’étoffe, je crois deviner une forme cachée, un symbole, peut-être même un message cousu dans les fils.

Takumi sourit légèrement.

"Trouve ce qui manque."

C’est tout ce qu’il me dit avant de retourner à son ouvrage, me laissant seule face à cette énigme textile.