Première leçon (chapitre2)

Je ne le sais pas encore, mais cette épreuve est la première leçon. Takumi ne m’apprendra rien directement. Il me fera voir, ressentir, chercher par moi-même.

• Peut-être que chaque fil raconte une histoire, un chemin à suivre.

• Peut-être que ce qui est absent est plus important que ce qui est visible.

• Peut-être que la véritable transmission ne se fait pas en paroles, mais dans le geste, le silence, la patience.

Je relève les yeux vers Takumi, qui coud silencieusement, comme s’il avait déjà oublié ma

présence. Pourtant, je sens qu’il attend.


"Que suis-je censé voir ?" Je demande.

Il ne répond pas immédiatement. Il se contente de faire glisser une nouvelle aiguille dans le tissu, le fil s’insérant avec une fluidité hypnotique. Puis, sans lever la tête :

"Si je te dis quoi voir, alors tu ne verras rien."

Je fronce les sourcils et observe à nouveau l’étoffe. Les points de couture sont réguliers, précis. Mais quelque chose me trouble.

"Pourquoi ce tissu est-il usé à certains endroits et intact à d’autres ?"

Takumi s’arrête. Il hoche légèrement la tête, satisfait que j’ai remarqué ce détail.

"Parce que c’est ainsi que le temps tisse son propre motif."

Il pose son aiguille et prend délicatement le tissu entre ses doigts.

"Ici, la trame est faible. Trop sollicitée. Elle a cédé." Il désigne une partie où le tissu est aminci, presque transparent.

"Ici, elle est encore solide, mais elle finira par s’effilocher à son tour."

Puis, il pointe du doigt une zone où un fil semble manquer, une coupure nette dans le motif.

"Mais ici… Ce n’est pas l’usure. C’est une absence."


Je comprends alors que l’énigme ne porte pas sur ce qui est visible, mais sur ce qui manque.

Takumi me regarde enfin.

"Dans un vêtement comme dans une vie, ce qui a disparu raconte autant d’histoires que ce qui demeure."

Je ressens un frisson. Il ne parle plus seulement d’un tissu. 

"Ce qui manque...Pourquoi l’absence serait-elle plus importante que le motif lui-même ?"je murmure doucement.

Un léger sourire passe sur ses lèvres. Il ne répond pas immédiatement.

Puis, lentement, il pousse devant moi une bobine de fil doré.

"Couds. Tu comprendras."