Takumi ne me donnera pas de réponses directes. Il veut que je ressentes ce que signifie remplir un vide, relier des morceaux épars. Peut-être que ce geste révélera quelque chose en moi.
• Vais-je essayer de coudre ce fil doré sur la coupure ?
• Ou vais-je d’abord chercher à comprendre pourquoi ce vide est là ?
La transmission ne se fait pas en un jour. Elle commence par un fil tendu entre deux âmes.
Je prends le tissu entre mes doigts, sentant sa trame fragile sous ma paume. Ce n’est pas un simple trou dû à l’usure. C’est une absence délibérée, un espace laissé vide avec intention.
Je relève les yeux vers Takumi.
"Pourquoi ce vide est-il là ?"
Il ne répond pas tout de suite. Il prend une inspiration, lentement, comme si la réponse elle-même était cousue dans le silence. Puis, il parle doucement :
"Ce tissu appartenait à quelqu’un. Quelqu’un qui a choisi d’ôter une partie du motif."
Je fronce les sourcils. Pourquoi enlever quelque chose d’aussi soigneusement brodé ?
Takumi passe sa main sur l’étoffe, ses doigts suivant les coutures comme un aveugle lisant un message secret.
"Certains vident les choses pour oublier." Il marque une pause. "D’autres laissent un vide pour se souvenir."
Un frisson me parcourt. Ce n’est pas une simple restauration textile. C’est un message.