La véritable transmission (chapitre6)

Quand je relève la tête, Takumi me fixe, une lueur dans les yeux.

"Mon maître disait que certaines absences sont trop précieuses pour être effacées."

Il pose une main sur l’étoffe, caressant le contour de mon travail.

"Beaucoup passent leur vie à tenter de masquer leurs cicatrices, à rapiécer leur passé comme on cache une erreur. Mais parfois, la plus grande sagesse, c’est d’apprendre à les révéler.

Il marque une pause, puis ajoute doucement :

"Tu viens d’inventer ton propre fil."

Je comprends alors : ce n’était pas une simple leçon de couture, mais une transmission invisible.

Takumi Itsuki ne m’a pas seulement enseigné un art, il m’a offert une nouvelle manière de voir le monde.

Je ne suis plus seulement celle qui pose des questions. J’ai trouvé ma propre réponse.


Je quitte l’atelier de Takumi Itsuki avec un sentiment étrange, comme si

quelque chose en moi avait été cousu en silence.

Dans mon sac, j’ emporte ce morceau de tissu réparé d’une manière qui n’était pas prévue. Une absence mise en lumière, une absence devenue création.

Le voyage de retour en France est traversé d’instants suspendus. Je repense aux gestes lents de Takumi, au bruit doux du fil glissant à travers la trame, aux silences qui en disaient plus que les mots. Je comprends que ce n’était pas juste une rencontre, mais une transmission subtile, un fil invisible qu’il m’a confié et que je dois désormais tirer pour découvrir ma propre voie.